Col de l’Ouillat

Dans le brasier
les épines de pin se contractaient
comme des lucioles à usage unique

Le soir crépitait
léchait nos jambes
se rassasiait de nos douleurs

Et quand le froid mit fin
à notre fête de paille

Blottis dans nos sacs de couchage
nous nous fîmes louveteaux

Sur le GR10

La connasse de brume
nous prend la tête
entre ses mains trempées

Je peste
et nous trimballons nos corps
tout le long du boulevard de crête
comme des tortues-zombies

Mille gouttes glacées
clandestinent sur nos cheveux
et nous tressent
sur chaque centimètre carré de cuir de crâne
une perruque d’or liquide et gris

DSC02667_web

À la gare routière

sur le quai des soupirs
un bel homme pleure
et plante ses yeux rougis
à l’intérieur du bus
comme un alpiniste
planterait son piolet
dans le glacier qui tient sa vie

le chauffeur s’installe
les portes se ferment
le moteur du bus s’allume
et dans le névé du soir
retentit
le vrombissement terrible
de l’avalanche du départ

(Bien trop de questions habitent ce poème)

de quoi
nous souviendrons-nous

quelle heure
était-il

qui baisait
avec qui

où étions-nous
pour cette montée-là

que regardaient
nos yeux décapsulés

et puis quand refroidiront
nos rêves en ébullition

qui nous couchera
nous les enfants de l’aube

quand sécheront
nos vomis rebelles

qui retassera
la poussière soulevée

et pourquoi le granit
offre-t-il à la techno
l’écho de ses évidences

Visions_6.jpg

Dublin

Encore une douche gratuite
offerte par le pommeau du ciel

Les toits se frottent les tuiles
au savon parfum océan

Et dans une heure les arbres
s’ébroueront sous le sèche-feuilles

du vent

Il fait soir

les corneilles
bâillent sur le fil
tandis que le ciel s’embrase

Pourquoi râlent-elles

la fin du monde est en retard
ou le mulot suivant
peut-être