Tes mains pleines d’huile

sont des vagues rondes
qui s’écrasent sur mon épiderme
ici les huîtriers-pies chantent des gémissements
tu nages dans les profondeurs du matelas
la marée monte

je vais finir englouti par tes doigts

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L’oiseau

C’est marrant
tu danses
comme plane un cormoran

à part ça
ta chemise est chiante
ta banane est chiante
tes lunettes sont chiantes

quand on s’est vu
on a joué à un jeu
en plein milieu de l’after
fallait deviner l’heure
t’as dis 7h30
j’ai dis 8h15
il était 7h42
je t’ai payé une bière
et j’ai bu la mienne
comme un gamin de 8 ans
avale son bol de chocolat à 7h43
toi t’as bu 3 gorgées
et t’es retourné planer dans les spirales chaudes

une sieste plus tard
et des cratères dans l’crâne
t’étais-là
torse nu
sur le sable
tout de suite un peu moins chiant

tu ne sembles pas parler beaucoup

ça me va
alors dis-moi où est-ce qu’on signe
pour migrer ensemble
vers de nouveaux rivages

je suis prêt à perdre tous les paris du monde

Les dormeurs

En bas de la falaise
chalutier fait des vagues
le gars relève ses casiers

quelques cailloux au-dessus
nous dansons comme des araignées de mer
pattes déployées sur les mottes de terre
antennes au vent
dans le courant des décibels

notre panier semble immense
champ bac-à-sable
gardé par des kilos de watt
semé de packs de bière
de bouteilles d’eau écrasées par nos assèchements
de pulls trop fins pour le crachin
et de graines de fuck
arrosées d’urine à la MDMA

pince-moi dormeur
pour ne pas que le froid me prenne
pour ne pas que le sel me ronge
pince-moi
je ne veux pas m’assoupir
pour me réveiller tout à l’heure
dans la glace de la poissonnerie du bourg
pince-moi
pour ne pas que les trous dans ma tête
deviennent des abysses

en bas de la falaise
chalutier tousse son gazoil
le gars s’en va

a-t-il fait bonne pêche
y a-t-il encore
des langoustines qui dansent sous l’eau
continuerons-nous
à nous manger les joues
à jouer dans des prisons de cordes
dont nous avons noué les murs
et les casiers de nos nuits
valent-ils vraiment de l’or
(c’est le dealer qui me l’a dit)

ce matin-là
les réponses gisent
dans l’épaisseur de la brume

crabe-de-Lune va muer

trouvez-moi
une autre carapace

Il fait minuit celsius

La porte de ma chambre
est entrouverte
et ça sent la fournaise

aube entière où les flammes
ont léché
les quatre coins
de ma couette

le plancher est une
braise de baise
carrée
fumante
à la sueur du ciel

fenêtres fermées
volets tirés
pour ne pas que les chauves-souris
nous sucent un peu d’amour
la température est montée

calé dans l’âtre de mes draps
je lis les lignes du barbecue
où nos chairs
ont remplacé les steaks

attention
aux étincelles

cette année
la canicule est noire
comme nuit
comme clebs errant
comme l’encre
qui cuit ces mots

Combien

Combien de filles as-tu croqué ce soir
alors que je te mouvais dans mes rêves

Combien de lèvres as-tu goûté
alors que te cuisais des yeux

Ton silence
a résolu mes additions
et tu t’en es allé
comme un diable
dans l’enfer floconneux
de l’aube

L’angoisse

Mon lit
est une mer immense
drap d’écueils
écumant les demain
après-demain
semaine prochaine
mois d’après
bientôt la trentaine putain

J’hurle dans les oreillers
où es-tu
tout tangue
matelas amas
de masses à ressac
le plancher de ma chambre
est un vaste désert

Où es-tu
chaude-froide question
je me noie
dans le tissu de mes éveils
yeux cadenassés
alors que la nuit dehors s’encre déjà de bleu

Partenaires
invisibles
donnez-moi
des branchies
que je puisse buller
aux abysses des rêves