L’angoisse

Mon lit
est une mer immense
drap d’écueils
écumant les demain
après-demain
semaine prochaine
mois d’après
bientôt la trentaine putain

J’hurle dans les oreillers
où es-tu
tout tangue
matelas amas
de masses à ressac
le plancher de ma chambre
est un vaste désert

Où es-tu
chaude-froide question
je me noie
dans le tissu de mes éveils
yeux cadenassés
alors que la nuit dehors s’encre déjà de bleu

Partenaires
invisibles
donnez-moi
des branchies
que je puisse buller
aux abysses des rêves

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Je rembourse tout demain

Dernière station de métro, dernière heure du jour. On lie le tout avec une dernière canette, comme une mayonnaise de nuit. On a dans les jambes des pas en rab’ alors on les donne au chemin du canal. Sacrée bande de lapereaux.

Dernières braises dans mes poumons, stp juste une taffe avant l’arène du son. Il y a quelques billets au fond de nos porte-feuilles, on les crame dans des croquettes pour animaux nocturnes. Pas tout à fait sauvages mais quand même, faut nous voir tasser le lino, les pattes courbaturées de beats. Nos corps se contaminent et se redisent jtm.

Il fait si sale dans la boîte noire. On se détermine à gambader encore sur le dance-floor collant, pas très tranquille avec l’idée de la der’ des der’. Puis on nous rejette dans la jungle du monde, dehors, parce que l’horloge est trop lâche pour nous dire qu’elle a avancé de quelques crans. On était si bien dans cette tanière d’adultes.

Dans la ville, on s’enflamme des premières étincelles du jour. D’la dynamite dans les entrailles. On colle nos museaux sur le soleil. On emprunte encore un peu de temps. Je veux juste être sûr d’être vivant.

Sans titre

Rosmeur

Pieds perdus
sur le Rosmeur

Pas plus loin
jalonne la houle

Fin de récréation
des mouettes

Traits d’unions
sous la jetée

Tanguent encore
les rouilles chalutières

Horizons des toits
bleus jaunes roses

Dessus le ciel
s’est enflammé

Sans titre

Le chemin
descend
pilonné d’herbes
et de fleurs blanches
j’y  vais
vélo couinant
jeté
par l’expiration de l’ouest
en-bas
les arbres
s’étirent
courbaturés de tempêtes

À la piscine Nakache

Sous les goélands paumés
l’eau ronfle
la chaudière ronronne
une mob engueule une autre
un Boeing zèbre
un couple rit
et puis c’est tout

Il manque
les piaillements des gamins
les remontrances maternelles en pâture d’été
les râles adolescents
les sifflements des maîtres-nageurs défoncés au chlore

Il manque
les tremblements des basses d’une teuf inavouable
où nos pieds frapperaient le sol asséché de la plage Nakache
où nous ferions du crawl dans un bassin de corps
concours d’âmes en apnée dans le bleu du soir

Il manque
le bruit des mille fourmis qui marchent entre les jointures du carrelage
soldats de la brindille
machines à sucre

Il manque
le clic clac des casiers qu’on ouvre et qu’on ferme
humains confiant leurs soucis suintants à une pièce d’un euro

Il manque
les éruptions de chloramine des junkies de l’endorphine

Il manque
la respiration de la foule jetable du samedi après-midi

Il manque
l’impact de la pluie qui tombe par le pommeau des douches

2017 espana003

Dessin : Bertolao

Au restaurant universitaire

Des cheminées du self monte une odeur de ronces
l’entrée est gratuite
on s’introduit par la fenêtre brisée
on vient l’estomac vide et gargouillant
on se rassasie de gravas de rêves
d’éboulis de discussions
de canettes de souvenirs

là-haut
le plafond laisse s’envoler le bruissement de la friche
il n’y a plus que la poussière qui fait la queue
et le néon du soleil qui éclaire la grande salle
où donc se trouve le sel demande-t-on aux fantômes
et qu’y a-t-il au menu
outre les salades de dope
les bières chaudes
et les gratins d’goudron
il paraît que les murs
servent des tessons de peinture
dites donc
on reprendrait bien un dessert au béton

mais où sont-ils maintenant
où sont-ils
les étudiants d’hier
que sont-ils devenus
que font-ils
avec qui baisent-ils
que mangent-ils dans leurs selfs d’entreprise
et pourquoi ont-ils des insomnies
alors qu’il suffit de revenir ici
de lever les yeux
et de voir
à travers les poutres de fer
brûler les étoiles
dans le fournil de la nuit

2017 espana002

Dessin : Bertolao